Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien

Articles avec #morceaux choisis catégorie

J'aime

Publié le 9 Mars 2015 par Cathy Reinold dans Morceaux choisis

J'aime

la hauteur qu'en te parlant
j'ai prise
sans avoir

pied.

André du Bouchet, l'ajour

commentaires

TENIR DEBOUT,

Publié le 20 Février 2015 par Cathy Reinold dans Morceaux choisis

TENIR DEBOUT,

dans l'ombre

du stigmate des blessures en l'air.

Tenir-debout-pour-personne-et-pour-rien

Non-reconnu,

pour toi

seul.

Avec tout ce qui a ici de l'espace,

et même sans

parole.

Paul Celan, Renverse du souffle.

commentaires

Sur la tempe

Publié le 21 Mai 2014 par Cathy Reinold dans Morceaux choisis

 

 

 

Sur la tempe

trotte un oiseau

d'air

le temps racle

un regard

la réalté tremble

dans la larme

d'un nom


 

Bernard Noël, La chute des temps, Poésie / Gallimard

commentaires

Se faufiler

Publié le 21 Août 2012 par Cathy Reinold dans Morceaux choisis

 

 

 

 

                  SE FAUFILER

 

Mais la plus belle victoire

sur le temps et la pesanteur –

c’est peut-être de passer

sans laisser de trace,

de passer sans laisser d’ombre.

 

Sur les murs…

                           Peut-être, subir

un refus ? Être rayée des miroirs ?

Ainsi : Lermontov dans le Caucase

s’est faufilé sans alarmer les rochers.

 

Mais,  peut-être, le meilleur amusement

du doigt de Sébastien Bach

est-il de ne pas toucher de l’orgue l’écho ?

Se disloquer, sans laisser de cendres

 

dans l’urne…

                        Peut-être – subir

une tromperie ? S’exclure des vastitudes ?

 

Ainsi : se faufiler à travers

le temps, comme l’océan, sans alarmer les eaux… 

                                                           14 mai 1923


Marina tsvétaïéva, Insomnie et autre poèmes, Poésie / Gallimard

 

 

 

aout-2011 4726 modifié-1

 

 

 


commentaires

Adieu à Venise

Publié le 24 Juin 2012 par Cathy Reinold dans Morceaux choisis

 

 

 

 

 ADIEU À VENISE

 

SUIS SANS VIE À VENISE

NI EAU VIVE

NI DANSE SUAVE

NE SUIS DÉESSE INDIENNE

NI NAÏADE AU SEIN NU

N'AI ENVIE

NI DE SA VEINE AVIDE

NI DE SES VISÉES INSENSÉES

ADIEU

VENISE VIDE DE SENS

ADIEU

VENISE DEVENUE ENNUI

 

VIENNE UNE VIE NEUVE & SAUVÉE

 

 

Georges Perec, BEAUX PRÉSENTS BELLES ABSENTES, Seuil, 1994

 

turner_029-dogana-et-smaria-della-salute.jpg

Turner

 

commentaires

L'arbre

Publié le 23 Août 2011 par Cathy Reinold dans Morceaux choisis

 

 

 

           

 

              L’ARBRE


 

Cet arbre et son frémissement

forêt sombre d’appels,

de cris,

mange le cœur obscur de la nuit.

 

Vinaigre et lait, le ciel, la mer,

la masse épaisse du firmament,

tout conspire à ce tremblement,

qui gîte au cœur épais de l’ombre.

 

Un cœur qui crève, un astre dur

qui se dédouble et fuse au ciel,

le ciel limpide qui se fend

à l’appel du soleil sonnant,

font le même bruit, font le même bruit,

que la nuit et l’arbre au centre du vent.


 

 Antonin Artaud, Œuvres complètes I, Gallimard, 1976.

 

 

 

 

reveries.jpg

 

 

 

 

 

commentaires

Le correspondant

Publié le 14 Août 2011 par Cathy Reinold dans Morceaux choisis

 

 

 

Le correspondant

 

 

 


 

Il arrive la nuit que je ne dorme pas durant des heures.

Autrefois je me retournais comme une folle dans mon lit.

Et puis je me suis mise à inventer des lettres

Pour des gens lointains et gentils, moi qui ne connais personne.

Maintenant je vois dans le noir, comme aux cinémas de

    campagne,

Des signes sur l’écran parmi des poussières d’étoiles :

C’est moi qui parle, ainsi qu’un champ de marguerites fleurit.

Si je voulais je crois que je pourrais en faire un livre,

Et mes rêves aussi mériteraient d’êtres décrits.

Je descends de grands escaliers, en longue robe blanche ;

Des personnes très bien m’attendent tout en bas des marches :

Ah nous avons reçu votre lettre, ma chère… Il est minuit.

On s’éloigne en dansant sous les arbres qui s’illuminent.

Passent sans aucun bruit de profondes automobiles.

Les boulevards touchent le sable de la mer. Je ris,

Et c’est frais dans mon col de renard couleur de lune.

(Vous êtes là, ramassé sous le mur à l’ombre courte,

Comme au verger d’enfance où je n’ai pas osé pousser un cri.)

 

Jacques Réda, Récitatif, Gallimard, 1970.

 


juin-2011 1419 0246 modifié-1

 

 

 

 

 


commentaires

Sur la mer

Publié le 13 Août 2011 par Cathy Reinold dans Morceaux choisis

 

 

 

 

                                                                            240.                                    

Sur la mer

 

   Je ne bâtirai point de maison (et il appartient à mon bonheur de n’en point posséder !).

Mais s’il le fallait, je la bâtirais, pareil à certains Romains, jusque dans la mer, - il se pourrait bien que j’aie quelques secrètes affinités avec ce beau monstre.

 

         Nietzche, Le gai savoir, traduction Pierre Klossowski,10/18.


 

_930.jpg

 

 

 

 


 

commentaires

ONLY A LITTLE SLEEP, A LITTLE SLUMBER

Publié le 15 Avril 2011 par Cathy Reinold dans Morceaux choisis

 

 

 

 

And suddenly you

Have not a word to say for yourself.

 

Only a little knife, a small incision,

A snickety nick in the brain

And you drop off, like a polyp.

 

Only a crumb of fungus,

A pulp of mouldy tinder

And you flare, fluttering, black-out like a firework.

 

Who are you, in the nest among the bones ?

You are the skyest bird among birds.

 

" I am the last of my kind."

 

Ted Hugues, Cave Birds. An alcheminal Cave Drama, The Viking Press, New York, 1978.

 

 

VERT-3866_modifie-2.jpg

 

 

 

 


commentaires

Ce n'est qu'aimer, et que connaître, qui compte, non d'avoir aimé ni d'avoir connu

Publié le 23 Janvier 2011 par Cathy Reinold dans Morceaux choisis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Solo l'amare, solo il conoscere

conta, non l'aver amato,

non l'aver conoscuito. Dà angoscia

 

il vivere di un consumato

amore. L'anima non cresce più."

 

           Pier Paolo Pasolini, Le ceneri di Gramsci, 1961.


 

Comme modifié-1

 

 


commentaires

Rapts

Publié le 23 Janvier 2011 par Cathy Reinold dans Morceaux choisis

 

 

 

L'amour et la mort constituent les deux plus grands rapts possibles que les humains aient à connaître. Ce sont les deux grands dieux qui délocalisent socialement (l'un dans la maison de l'autre clan, l'autre dans la tombe de l'autre monde). Le ravissement de la volupté plonge dans le même état que le rapt de la mort (l'un dans le sommeil intermittent, l'autre dans le sommeil définitif). C'est pourquoi Hypnos est lié autant à Hadès qu'à Éros. Que ce soit dans le râle du désir ou dans le râle de l'agonie les raptus enlèvent tous deux dans la nuit.

                  Pascal Quignard, La nuit sexuelle, Flammarion, 2007.

 

 

VERT-3276-copie-1.JPG

 

 

 

 


commentaires

Mémory of words 3

Publié le 23 Janvier 2011 par Cathy Reinold dans Morceaux choisis

 

 

 

VERT-3355-copie-2.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

"Toute vision se fonde en un arrière pays. Tout ce qui se montre surgit au-devant de lui. Surgissant, naissant, criant, il le dissimule. Tout objet nommable fait écran à l'ombre de l'objet perdu qui ne crie même pas dans l'air qu'il ignore." 

Pascal Quignard, les paradisiaques, Dernier royaume, IV, Grasset, 2005.

 

 


commentaires

Tant que ce rêve rode je dure debout

Publié le 21 Novembre 2010 par Cathy Reinold dans Morceaux choisis

 

 

 

 

 

 

 

 

tant que

ce rêve

rôde

 

je dure

debout


 

 

Sylvia Baron Supervielle, L'eau étrangère, José Corti, 1993.

 

 

 

 

 

VERT 3397 1161 modifié-2

 

 


 

 


commentaires

I AM VERTICAL

Publié le 19 Novembre 2010 par A*TALANTE dans Morceaux choisis

 

 

 

"But I would rather be horizontal."

  Sylvia Plath

 

 

reflet2.jpg

reflet3.jpg

 

 

 


commentaires

Comment j'avais pu avoir pareille chance à prendre cet oiseau

Publié le 26 Mai 2010 par A*TALANTE dans Morceaux choisis

 

 






            298.

          Gémissement



   Je saisis au vol cette compréhension et je pris hâtivement les premiers mauvais termes venus, pour la retenir. Et voici qu'elle est morte de la sécheresse de ces mots, et elle y reste accrochée, ballottante - et c'est à peine si je sais, quand je la considère, comment j'avais pu avoir pareille chance, à prendre cet oiseau.


 

      Nietzsche, Le gai savoir (traduction de Pierre Klossovski), Christian Bourgois.

 

 

 

 

 

 



commentaires

On ne sait jamais

Publié le 28 Avril 2010 par A*TALANTE dans Morceaux choisis

 

 

 

 

        

 

 


 ON NE SAIT JAMAIS


        Clément saluait les arbres. On ne sait jamais. Clément baisait les statues. On ne sait jamais. Clément souriait aux oiseaux, respectait les insectes. On ne sait jamais. Clément
était parfait, et même avec les hommes. Pas de chance, vraiment : un chêne cent fois salué lui tomba sur l'épaule un beau soir. En somme, Clément avait raison : on ne sait jamais.

 

         Les oignons, Poésie 1923-1988, Norge, 1990, Poésie / Gallimard.



 

 


commentaires

Je voyagerais à nouveau, plus comme avant

Publié le 12 Avril 2010 par A*TALANTE dans Morceaux choisis

 

 

 

 

 

  *

 

    Je voyagerais à nouveau, plus comme avant, mais brûlant toutes les stations ou à peu près, m'arrêtant le temps de demander du feu et encore pas toujours, simplement pour voir des gestes, tandis que moi je resterais muet, mais regardant, regardant intensément, et réfléchissant, et regardant. Ca me suffirait, non ça ne me suffirait pas, mais le dégoût que j'ai à communiquer, à chercher à entrer dans ce qu'on me communique, à être pris dans le piège des communications, m'empêcherait de descendre.

 

*

 

Extrait de VII,...rait, Face aux verroux, Henri Michaux.

 

 

 

 

 

 


commentaires

Extrait d'Electre

Publié le 21 Mars 2010 par A*TALANTE dans Morceaux choisis





 


  CHRYSOTHEMIS : Et tu n'as pas un mot pour la vie que tu laisses ?
  ELECTRE : Elle est belle, ma vie, et digne qu'on s'en loue !
  CHRYSOTHEMIS : Mais elle pourrait l'être, si tu étais plus sage.
  ELECTRE : Non, ne me prêche pas d'être infidèle aux miens.
  CHRYSOTHEMIS : Je ne te prêche rien que de céder aux forts.
  ELECTRE : Flatte-les à ton aise ! je suis d'une autre espèce.

                                        Electre,
Sophocle.



IMG_0234.jpg










commentaires

Où est la sortie ?

Publié le 17 Janvier 2010 par A*TALANTE dans Morceaux choisis





30

L'aliénation du spectateur au profit de l'objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s'exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images domininantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L'extériorité du spectacle par rapport à l'homme agissant apparaît en ce ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représente. C'est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout.

              La société du spectacle, Guy Debord, Editions Buchet-Chastel, 1967.



006.JPG




















commentaires

Survivance des lucioles

Publié le 26 Novembre 2009 par A*TALANTE dans Morceaux choisis






Les lucioles, il ne tient qu'à nous de ne pas les voir disparaître. Or, nous devons, pour cela, assumer nous-mêmes la liberté du mouvement, le retrait qui ne soit pas repli, la force diagonale, la faculté de faire apparaître des parcelles d'humanité, le désir indestructible. Nous devons donc nous-mêmes - en retrait du règne et de la gloire, dans la brèche ouverte entre le passé et le futur - devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensées à transmettre. Dire oui dans la nuit traversée de lueurs, et ne pas se contenter de décrire le non de la lumière qui nous aveugle.

Survivance des lucioles
,  Georges Didi-Huberman,  Minuit, 2009, p.133.




Peinture, 300 x 235 cm, 9 juillet 2000, Pierre Soulages.





commentaires

La nuit juste avant les forêts

Publié le 25 Novembre 2009 par A*TALANTE dans Morceaux choisis






... je dis : ici, c'est chez moi, s'il n'y a pas de travail, je ne travaille pas, si le travail me rend dingue et qu'on me pousse au cul, je ne travaille pas non plus, je veux me coucher, je veux m'expliquer une bonne fois, je veux de l'herbe, l'ombre des arbres, je veux gueuler et pouvoir gueuler, même si on doit me tirer dessus, puisque c'est cela qu'ils finissent par faire : si on n'est pas d'accord, si on ouvre sa gueule, il faut que l'on se planque au fond d'une forêt, et ils vous exterminent à coup de mitraillette dès qu'ils vous voient bouger, mais alors tant pis, je t'aurais dit au moins ce que j'avais à te dire...

                        La nuit juste avant les forêts, Bernard-Marie Koltès,  Minuit, 1988.












commentaires

Frissons de l'atmosphère

Publié le 18 Novembre 2009 par A*TALANTE dans Morceaux choisis









                                       8          
                        

    Des êtres raisonnables perdent jusqu'à la notion de la durée probable de leur vie et leur équilibre quotidien lorsque l'instinct de conservation s'effondre en eux sous les exigences de l'instinct de propriété. Ils deviennent hostiles aux frissons de l'atmosphère et se soumettent sans retenue aux instances du mensonge et du mal. C'est sous une chute de grêle maléfique que s'effrite leur misérable condition.

            Feuillets d'Hypnos, René Char.


commentaires

Les sentiments comme les dieux sont sauvages

Publié le 4 Octobre 2009 par A*TALANTE dans Morceaux choisis







Tu voudrais que nous fassions la paix, que Thèbes devienne une cité paisible, un peu dormante, nourrissant de petits bonheurs, mais elle n'est pas comme ça, c'est un grand rapace qui a besoin d'un ciel, un cheval de guerre qui veut la bataille. Tu souhaites que je laisse Etéocle tranquille, que je devienne un bon roi qui laisse ses concitoyens engraisser et célébrer le culte des bons sentiments mais les sentiments comme les dieux sont sauvages, quand ils se civilisent, ils meurent et les rois bons perdent leur trône. Etéocle a besoin d'un adversaire à sa taille, moi aussi, cette lutte fait notre plaisir et tu prétends nous empêcher d'en jouir. Tu aurais pu trouver le tien en aimant un homme, en ayant une maison, des enfants. Tu as préféré protéger notre père, mendier pour lui, faire compatir toute la Grèce à son malheur et à ta piété filiale. Tu as trouvé là un singulier et sans doute énorme plaisir, pourquoi veux-tu maintenant nous enlever le nôtre qui est de tenter de battre le rival admirable...

           Antigone, Henri Bauchau, Ed. Actes sud, 1997.





commentaires

Était-ce donc ceci ? Et le rêve fraîchit

Publié le 11 Août 2009 par A*TALANTE dans Morceaux choisis









I
 
C'est le repos éclairé, ni fièvre ni langueur, sur le lit ou sur le pré.
C'est l'ami ni ardent ni faible. L'ami.
C'est l'aimée ni tourmentante ni tourmentée. L'aimée.
L'air et le monde point cherchés. La vie.
- Était-ce donc ceci ?
- Et le rêve fraîchit.


Extrait de Veillées, Les illuminations, Arthur Rimbaud.



commentaires
1 2 3 > >>